Fraude au chèque : quels recours contre la banque ?
Un chèque frauduleux a été débité de votre compte ? Les recours dépendent de la fraude : fausse signature, modification du montant ou du bénéficiaire. Découvrez les vérifications, les preuves et les démarches utiles.
Lenny AmbigaipalanAvocat associé
Sommaire
Un chéquier qui n'arrive jamais dans votre boîte aux lettres, un chèque dont le bénéficiaire a été remplacé, une signature imitée par un salarié : la fraude au chèque peut prendre plusieurs formes. Lorsque votre compte a déjà été débité, la question n'est pas seulement de démontrer l'existence d'une fraude. Il faut déterminer quel ordre de paiement la banque a reçu, ce qu'elle pouvait constater et sur quel fondement lui demander de restituer les fonds.
Dans son communiqué du 7 septembre 2026 consacré au rapport 2025 de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, la Banque de France fait état d'un recul de 16 % de la fraude au chèque sur un an. Elle indique également que les chèques volés représentent toujours 90 % des chèques frauduleux et appelle les banques à mieux sécuriser l'envoi des chéquiers.
Ces chiffres ne déterminent pas, à eux seuls, qui doit vous rembourser. Pour cela, il faut distinguer le faux chèque du chèque falsifié, puis examiner le rôle de votre banque et, éventuellement, celui de la banque qui a encaissé le chèque.
Fraude au chèque : distinguer le faux chèque du chèque falsifié
Le faux chèque porte dès l'origine une signature qui n'est pas celle du titulaire du compte ou d'une personne autorisée à signer. C'est notamment le cas d'un chèque vierge volé puis signé par le voleur. Selon la Cour de cassation, dans son arrêt du 9 juillet 1996, n° 94-17.119, ce document n'a jamais eu la qualité légale de chèque : il ne contient aucun ordre de paiement donné par le titulaire du compte.
Le chèque falsifié a, au contraire, été régulièrement signé avant d'être modifié. Le fraudeur peut avoir remplacé le bénéficiaire, augmenté le montant ou effacé certaines mentions. Un ordre de paiement existait donc à l'origine, mais il a été détourné.
Cette distinction organise une grande partie des recours. Elle ne dispense pas d'examiner les autres circonstances du paiement, notamment une opposition déjà enregistrée ou une faute distincte reprochée à la banque.
Les principaux recours selon la fraude
Situation | Exemple | Ce qu'il faut examiner |
|---|---|---|
Faux chèque | Un chèque volé porte une signature imitée. | La banque doit en principe restituer les fonds, sous réserve de l'incidence d'une faute du titulaire du compte ou de l'un de ses salariés. |
Chèque falsifié | Le bénéficiaire ou le montant d'un chèque signé a été modifié. | Il faut notamment rechercher une anomalie apparente que la banque aurait dû relever. |
Encaissement sur le compte d'un tiers | Le chèque a été crédité sur le compte du fraudeur ou d'un complice. | Une faute de la banque chargée de l'encaissement peut également être recherchée. |
Chèque volé et signé par le fraudeur : la banque doit en principe restituer les fonds
La banque qui tient votre compte est appelée la banque tirée. Lorsqu'elle paie un chèque, elle doit pouvoir rattacher ce paiement à un ordre valable de votre part.
L'article 1937 du Code civil, relatif à la restitution des fonds déposés, fonde le raisonnement retenu pour les chèques portant dès l'origine une fausse signature. En l'absence de faute du titulaire du compte ou de l'un de ses préposés, c'est-à-dire notamment d'un salarié, la banque qui paie un tel document n'est pas libérée de son obligation envers son client, même si elle n'a elle-même commis aucune faute.
C'est la règle énoncée dans l'arrêt du 9 juillet 1996, n° 94-17.119. Autrement dit, une imitation de signature indécelable ne suffit pas, à elle seule, à justifier un refus de remboursement.
L'arrêt du 18 juin 2013, n° 12-15.612, rendu à propos de chèques volés puis signés par l'auteur du vol, illustre cette distinction : le caractère difficilement détectable de la fraude ne permet pas de traiter un faux ordre de paiement comme un chèque régulièrement émis.
La banque peut-elle invoquer l'absence d'opposition ?
L'article L. 131-38 du Code monétaire et financier prévoit une présomption de libération en faveur de celui qui paie un chèque sans opposition. Mais cet argument doit être confronté à la nature du document payé : un titre portant dès l'origine une fausse signature n'est pas assimilé, par la jurisprudence précitée, à un chèque valablement émis.
Il faut donc distinguer deux questions : avez-vous donné l'ordre de payer ? Et, séparément, une faute peut-elle vous être reprochée dans les circonstances qui ont permis la fraude ?
Une faute du titulaire du compte peut réduire ou exclure le remboursement
La protection du titulaire du compte n'est pas absolue. Si l'établissement du faux a été rendu possible par sa faute ou par celle de l'un de ses préposés, l'arrêt du 9 juillet 1996 prévoit que la banque n'est tenue que si elle a elle-même commis une négligence, et pour la part de responsabilité qui en découle.
Par exemple, une banque qui ne relève pas une différence de signature visible peut avoir contribué au dommage, même si le client a également manqué de vigilance. Il faut alors apprécier les fautes de chacun et leur rôle dans la perte subie.
L'arrêt du 28 janvier 2014, n° 12-27.901, apporte une précision importante : lorsqu'une faute de la banque est retenue, la négligence du client ne permet pas de l'exonérer entièrement sans caractériser que cette négligence constitue la cause exclusive du dommage. Il ne faut donc pas confondre la situation d'une banque sans faute avec celle d'une banque elle-même négligente.
Chèque falsifié : quelles anomalies la banque devait-elle détecter ?
Si vous avez régulièrement signé le chèque avant qu'il soit modifié, le recours fondé sur le devoir de vigilance de la banque repose sur une autre question : la falsification présentait-elle une anomalie apparente lors du paiement ?
Il ne s'agit pas de demander à la banque de découvrir toute fraude au moyen d'une expertise. Il faut rechercher ce qu'un professionnel normalement attentif pouvait déceler : une surcharge, une trace d'effacement, une modification visible du bénéficiaire ou une incohérence dans les mentions du document.
Dans l'arrêt du 7 juillet 2009, n° 08-18.251, le litige concernait un chèque de plus de 228 000 euros dont le bénéficiaire avait été modifié et qui comportait une quatrième série de numéros au bas du recto. La Cour de cassation rappelle que la banque doit assumer les conséquences de son abstention lorsqu'elle omet de relever les anomalies apparentes d'un chèque.
À l'inverse, une modification indécelable peut faire obstacle à la responsabilité de la banque sur ce fondement. Il faut toutefois vérifier qu'aucun autre manquement ne peut lui être reproché, plutôt que de conclure que toute falsification discrète exclut nécessairement tout recours.
Cette analyse ne doit pas être transposée au faux chèque portant dès l'origine une signature imitée : dans ce dernier cas, le raisonnement présenté dans la section précédente demeure distinct.
Qui doit prouver la falsification et l'anomalie ?
L'émetteur du chèque, également appelé le tireur, doit établir que le document a été falsifié. La question de l'anomalie apparente se pose ensuite.
Selon l'arrêt du 9 novembre 2022, n° 20-20.031, lorsque la banque tirée, dont la responsabilité est recherchée, ne peut pas produire l'original du chèque, il lui appartient de démontrer que celui-ci ne présentait pas d'anomalie apparente. Une exception est prévue lorsque le chèque a été restitué au tireur.
Dans cette affaire, le nom du bénéficiaire avait été remplacé par grattage et l'original avait été détruit. La copie en noir et blanc, de mauvaise qualité, ne permettait pas à la banque de rapporter la preuve attendue.
La conséquence pratique est importante : demandez rapidement une copie lisible du recto et la conservation de l'original. Demandez également que les images du recto et du verso soient préservées. Si certaines mentions du verso sont nécessaires au litige, les modalités de leur obtention devront être examinées : leur communication ne doit pas être considérée comme automatiquement acquise.
La banque qui a encaissé le chèque peut aussi être mise en cause
Votre banque n'est pas nécessairement le seul établissement concerné. Le chèque peut avoir été remis à une autre banque, chargée de l'encaisser sur le compte du fraudeur ou d'un complice. Cette banque est appelée la banque présentatrice.
Lorsqu'elle n'a pas de contrat avec vous, un recours peut être envisagé sur le terrain de la responsabilité extracontractuelle : il faut alors établir une faute, un préjudice et un lien entre les deux. L'encaissement d'un chèque présentant une anomalie apparente peut notamment être discuté.
Le cas du chèque établi à l'ordre de deux bénéficiaires
L'arrêt du 27 novembre 2019, n° 18-11.439, distingue les obligations des deux banques lorsqu'un chèque est établi à l'ordre de deux bénéficiaires et encaissé par un seul à son profit.
La banque présentatrice doit s'assurer du consentement de l'autre bénéficiaire, sauf circonstances particulières lui permettant de le tenir pour acquis. La banque tirée n'est pas tenue de cette même vérification. Il serait donc inexact de mettre systématiquement les deux établissements en cause pour le même manquement.
Plus largement, le devoir de vigilance ne fait pas de la banque un enquêteur chargé de contrôler chaque opération de son client. Une demande d'indemnisation doit identifier précisément l'anomalie ou l'obligation méconnue, et expliquer en quoi ce manquement a permis le dommage.
La Cour de cassation l'a rappelé dans un arrêt du 10 juin 2026, n° 24-19.348, non publié au Bulletin : le banquier, tenu de ne pas s'immiscer dans les affaires de son client, n'engage sa responsabilité qu'en présence d'anomalies apparentes aisément décelables par un professionnel normalement diligent. Elle a censuré un arrêt qui retenait la faute de la banque ayant encaissé les chèques en se fondant sur le fonctionnement du compte du fraudeur (nombreux crédits sur une courte période, sommes rapidement dépensées, saisies), alors que les chèques ne présentaient aucun indice de falsification et que la mention de deux bénéficiaires ne constitue pas, en elle-même, une anomalie apparente. Cette décision ne contredit pas l'arrêt de 2019 : elle portait sur la vigilance due à l'émetteur des chèques, et non sur l'accord d'un second bénéficiaire.
Pourquoi les règles de la carte et du virement ne s'appliquent-elles pas au chèque ?
Les opérations non autorisées par carte, virement ou prélèvement relèvent de règles particulières, qui prévoient notamment, sous leurs conditions d'application, un remboursement rapide et un délai de signalement pouvant aller jusqu'à treize mois.
Le chèque relève d'un régime distinct. Les articles L. 133-1 et L. 314-1 du Code monétaire et financier délimitent le champ des services de paiement concernés : il ne faut pas transposer au chèque le délai de treize mois ou le mécanisme de remboursement prévu pour ces opérations.
Le recours doit être construit à partir de la nature du chèque, des obligations de la banque, des preuves disponibles et des fautes éventuellement imputées au client. Pour un virement frauduleux, l'analyse est différente, notamment concernant l'autorisation du paiement.
Deux mois pour réclamer : ne pas confondre réclamation et prescription
La fiche Service Public consacrée au vol d'un chèque ou d'un chéquier indique de demander le remboursement dans les deux mois suivant la réception du relevé faisant apparaître le débit. En pratique, signalez l'opération dès sa découverte et vérifiez les modalités de contestation prévues par votre convention de compte.
Ce délai ne doit cependant pas être présenté comme une prescription légale générale de deux mois qui ferait automatiquement disparaître tout recours contre la banque.
Selon l'arrêt du 13 novembre 2012, n° 11-25.596, l'absence de contestation dans le délai prévu par la convention de compte peut créer une présomption d'accord, mais le client conserve la possibilité de rapporter la preuve contraire pendant la durée de la prescription.
Autrement dit, un signalement tardif peut compliquer le dossier sans suffire nécessairement à interdire toute action. Demandez à la banque de préciser le fondement du délai qu'elle oppose et les conséquences qu'elle prétend en tirer.
Quel est le délai pour agir contre la banque ?
L'action contre la banque se prescrit en principe par cinq ans à compter du jour où le titulaire du compte a connu, ou aurait dû connaître, les faits lui permettant d'agir. Les références à examiner sont l'article 2224 du Code civil et, selon la relation en cause, l'article L. 110-4 du Code de commerce.
La date de départ doit être appréciée à partir des pièces : relevés reçus, découverte du détournement, courriers et informations communiquées par la banque. Ce délai de principe ne doit pas conduire à attendre : une copie peut devenir difficile à obtenir et les éléments permettant de reconstituer la fraude peuvent disparaître.
Chèque volé, perdu ou falsifié : les démarches à suivre
1. Faire opposition immédiatement
L'article L. 131-35 du Code monétaire et financier autorise l'opposition en cas de perte, de vol, d'utilisation frauduleuse du chèque, ou de procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaires du porteur.
Contactez immédiatement votre banque par son numéro d'urgence, votre conseiller ou votre espace client lorsque cette possibilité existe. L'opposition peut concerner un chèque déjà rempli ou des formules vierges. Précisez les numéros concernés et demandez une confirmation de l'enregistrement.
Une opposition ne fait pas disparaître, à elle seule, un débit déjà effectué. Si le chèque a été payé, formulez également une demande de remboursement. L'opposition reste utile pour les autres chèques dérobés ou susceptibles d'être présentés.
Si vous êtes le bénéficiaire d'un chèque qui vous a été volé, contactez son émetteur : c'est à lui de faire opposition auprès de sa banque.
Selon la Banque de France, l'opposition enregistrée n'est pas limitée dans le temps et n'a pas à être renouvelée périodiquement. Elle rappelle qu'un chéquier non reçu ne doit pas donner lieu à facturation de l'opposition. Dans les autres cas, vérifiez les frais prévus par votre banque ; l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement recommande une tarification raisonnable et accessible.
2. Confirmer l'opposition par écrit sans attendre
La règle légale est une confirmation immédiate par écrit, quel que soit le support. Après une opposition téléphonique, utilisez donc sans attendre le canal écrit accepté par votre banque, par exemple sa messagerie sécurisée, et conservez la preuve de votre envoi.
Service Public mentionne une confirmation dans les 48 heures. Ce repère ne doit pas être compris comme une autorisation d'attendre deux jours : l'article L. 131-35 exige une confirmation immédiate. Indiquez le motif de l'opposition et les numéros des chèques concernés, ou précisez les informations qui vous manquent.
L'opposition est enregistrée au fichier national des chèques irréguliers, le FNCI. Ce fichier permet notamment aux professionnels de vérifier les chèques qui leur sont présentés. Il ne doit pas être confondu avec le fichier central des chèques, le FCC, qui recense notamment les interdictions d'émettre des chèques.
3. Porter plainte et conserver les justificatifs
En cas de vol ou de fraude, déposez plainte au commissariat ou à la gendarmerie. Une plainte en ligne est également possible lorsque les conditions du service sont remplies, notamment lorsque l'auteur est inconnu. Vous pouvez aussi écrire au procureur de la République.
Transmettez à la banque une copie du récépissé ou du dépôt de plainte lorsqu'elle est disponible. N'attendez pas de l'avoir obtenue pour faire opposition et signaler les débits contestés.
L'article L. 163-3 du Code monétaire et financier prévoit cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende pour la contrefaçon ou la falsification d'un chèque. Il sanctionne également son usage ou la tentative d'usage en connaissance de cause, ainsi que l'acceptation consciente d'un paiement effectué avec un chèque contrefait ou falsifié. Il s'agit des peines prévues hors circonstances aggravantes, et non de peines automatiquement prononcées dans chaque dossier.
4. Présenter une demande de remboursement documentée
Adressez une réclamation écrite au service compétent de votre banque et conservez-en une copie datée. Identifiez chaque chèque contesté, son montant et sa date de débit, puis expliquez ce que vous contestez : une signature que vous n'avez jamais apposée ou une modification d'un chèque que vous aviez signé.
Joignez les relevés concernés, les preuves d'opposition, la plainte disponible et les documents permettant de reconstituer le paiement initial : copie du chèque avant l'envoi, talon, facture, correspondance avec le bénéficiaire ou justificatif d'expédition. Pour une signature imitée, réunissez également les éléments de comparaison utiles.
Demandez une copie lisible du recto, la conservation de l'original et des images disponibles, ainsi qu'une réponse expliquant précisément les raisons d'un éventuel refus. Si la banque invoque votre négligence, demandez quels faits elle vous reproche et quel lien elle établit avec la fraude.
5. Examiner la médiation et le recours au tribunal
Pour un particulier agissant à des fins personnelles, le médiateur bancaire peut être saisi gratuitement après une réclamation écrite préalable, lorsque la réponse est insatisfaisante ou qu'aucune réponse n'a été apportée dans le délai applicable. Pour un litige sur chèque, le délai général est de deux mois.
La saisine doit notamment intervenir dans l'année suivant la réclamation écrite. Le litige ne doit pas être en cours d'examen ou avoir déjà été examiné par un autre médiateur ou par un tribunal. La médiation de la consommation ne s'applique pas automatiquement aux litiges professionnels : une entreprise doit vérifier l'existence et le périmètre d'un éventuel dispositif qui lui serait ouvert.
Le médiateur bancaire n'est pas une étape universellement obligatoire avant tout procès. En revanche, pour une demande en paiement n'excédant pas 5 000 euros devant le tribunal judiciaire, une tentative préalable de résolution amiable est en principe requise, sauf exception. Elle peut prendre la forme d'une conciliation, d'une médiation ou d'une procédure participative. Le non-respect de cette obligation peut rendre la demande irrecevable.
Pour le recours civil d'un particulier, le tribunal judiciaire, ou sa chambre de proximité selon le montant et l'organisation locale, peut être saisi. Au-delà de 10 000 euros, la représentation par avocat est en principe obligatoire pour ce type de demande.
Pour un litige professionnel, la compétence doit être appréciée selon la qualité des parties et la nature de l'opération. Un litige commercial peut relever du tribunal de commerce, devenu à Paris le tribunal des activités économiques depuis le 1er janvier 2025, sous réserve des règles particulières applicables.
Un avocat en litige bancaire peut examiner la banque à mettre en cause, les pièces manquantes, la prescription et les conditions de recevabilité avant l'engagement d'une procédure.
Opposition abusive : un désaccord commercial ne suffit pas
Une opposition n'est pas un moyen de contraindre un artisan à reprendre des travaux ou un vendeur à accepter un retour. Un désaccord sur la qualité d'une prestation ou d'une marchandise ne figure pas, à lui seul, parmi les motifs autorisés par l'article L. 131-35 du Code monétaire et financier.
Si l'opposition repose sur un motif non admis, le bénéficiaire peut demander au juge des référés sa mainlevée, c'est-à-dire la suppression du blocage du paiement.
L'article L. 163-2 du Code monétaire et financier prévoit également cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende lorsque la défense de payer est faite dans l'intention de porter atteinte aux droits d'autrui. Cette intention doit être distinguée de la seule irrégularité du motif invoqué : toute opposition injustifiée n'entraîne pas automatiquement une condamnation pénale. Des peines complémentaires, notamment une interdiction d'émettre des chèques, peuvent aussi être prononcées dans les conditions prévues par les textes.
Entreprises : un salarié a signé des chèques à la place du dirigeant
Les détournements peuvent être commis par une personne qui dispose d'un accès habituel aux chéquiers et aux documents comptables. Il faut alors vérifier non seulement l'authenticité de la signature, mais aussi les pouvoirs de signature, les contrôles internes et les circonstances dans lesquelles les chèques ont été émis.
Dans l'affaire jugée le 9 juillet 1996, la Cour de cassation a notamment demandé que soit examinée l'inefficacité, pendant plusieurs années, des contrôles et précautions attendus du chef d'entreprise. L'arrêt du 28 janvier 2014 rappelle, de son côté, que la faute du dirigeant ne dispense pas d'apprécier celle éventuellement commise par la banque.
Le seul constat d'une signature imitée ne règle donc pas tout le dossier. Il faut reconstituer les détournements, identifier les alertes qui existaient et déterminer les vérifications que chaque intervenant devait effectuer.
La revue régulière des relevés, la limitation des accès aux chéquiers et la séparation entre préparation et validation des paiements constituent des précautions utiles. Elles complètent celles à adopter face à d'autres détournements, comme la fraude au président.
Vous avez reçu un faux chèque en paiement
La situation est différente lorsque vous êtes le bénéficiaire du chèque, par exemple lors de la vente d'un véhicule. Le fait qu'une somme apparaisse sur votre compte après le dépôt ne prouve pas que le paiement est définitivement acquis : un crédit effectué sous réserve d'encaissement peut être annulé si le chèque revient impayé.
La Banque de France alerte sur la fraude à l'encaissement, ou fraude à la mule : un tiers vous demande de déposer un chèque sur votre compte, puis de lui reverser les fonds. Le chèque est ensuite rejeté, alors que vous avez déjà envoyé l'argent. Une attente d'une ou deux semaines ne doit pas être considérée comme une garantie de régularité du paiement. N'acceptez pas d'encaisser pour un tiers un chèque dont l'origine n'est pas certaine.
Montrer une copie à sa banque ne vaut pas remise à l'encaissement
L'arrêt du 5 mars 2025, n° 23-16.944, distingue la présentation d'une simple copie avant une vente de la véritable remise du chèque à l'encaissement. L'obligation de détecter les anomalies apparentes attachée à cette remise ne peut pas être automatiquement transposée à la première situation.
Il faut donc examiner ce qui a réellement été demandé à la banque, les documents reçus et les réponses apportées. Une copie montrée à un conseiller ne doit pas être traitée comme une garantie générale d'authenticité ou de paiement. Le recours contre l'auteur de la fraude doit également être envisagé, indépendamment de l'existence d'une faute bancaire.
L'accompagnement du cabinet
Le cabinet de Maître Lenny Ambigaipalan intervient pour les particuliers et les entreprises dans les litiges liés aux chèques frauduleux : examen des pièces, distinction entre faux chèque et chèque falsifié, analyse des fautes reprochées à la banque ou au titulaire du compte, réclamation, mise en demeure et, lorsque le dossier le justifie, action contre la banque tirée ou la banque présentatrice.
Pour une fraude à la carte, au virement ou au prélèvement, consultez la page avocat en fraude bancaire. Une consultation peut être organisée au cabinet ou en visioconférence.
Avant d'engager un recours, trois vérifications sont prioritaires : déterminer si la signature est authentique, réunir les éléments disponibles sur le chèque et reconstituer les dates de débit, de découverte et de signalement. Ces informations générales ne remplacent pas l'examen de votre dossier et de votre convention de compte.
Questions fréquentes
01Ma banque doit-elle rembourser un chèque volé puis encaissé ?
Tout dépend de la fraude. Si le voleur a signé un chèque vierge à votre place, la banque doit en principe restituer les fonds, sous réserve de l'incidence d'une faute du titulaire du compte ou de l'un de ses préposés. Si vous aviez signé le chèque avant sa modification, il faut notamment rechercher une anomalie apparente que la banque aurait dû détecter.
02Quelle différence entre un faux chèque et un chèque falsifié ?
Dans la distinction utilisée ici, le faux chèque porte dès l'origine une signature non autorisée. Le chèque falsifié a été régulièrement signé, puis modifié, par exemple au niveau du montant ou du bénéficiaire. Cette différence change le fondement du recours contre la banque.
03Le délai de treize mois s'applique-t-il à un chèque frauduleux ?
Non. Il ne faut pas transposer au chèque le délai applicable à certaines opérations non autorisées par carte, virement ou prélèvement. Signalez la fraude dès sa découverte. Service Public indique de demander le remboursement dans les deux mois suivant la réception du relevé concerné. L'action contre la banque relève en principe d'une prescription de cinq ans : ces délais ont des fonctions différentes.
04Comment faire opposition à un chèque ?
Contactez immédiatement votre banque, précisez le motif et les chèques concernés, puis confirmez sans attendre par écrit. L'opposition est admise en cas de perte, de vol, d'utilisation frauduleuse du chèque ou de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaires du porteur.
05Peut-on faire opposition en cas de litige avec un artisan ou un commerçant ?
Pas pour ce seul motif. Une prestation décevante ou une marchandise défectueuse ne justifie pas, à elle seule, le blocage du chèque. Le bénéficiaire peut demander la mainlevée de l'opposition. Une opposition faite dans l'intention de porter atteinte à ses droits expose également à un risque pénal.
06Qui doit prouver que le chèque a été falsifié ?
L'émetteur doit établir la falsification. Selon l'arrêt du 9 novembre 2022 cité dans l'article, lorsque la banque tirée ne peut pas produire l'original, elle doit démontrer l'absence d'anomalie apparente, sauf si le chèque a été restitué à l'émetteur. La qualité des copies et la conservation de l'original sont donc importantes.
07La banque qui a encaissé le chèque sur le compte du fraudeur peut-elle être responsable ?
Oui, si un manquement qui lui est imputable a contribué au dommage. Il faut identifier l'anomalie ou l'obligation méconnue. Pour un chèque établi à l'ordre de deux bénéficiaires et encaissé par un seul à son profit, la jurisprudence citée impose notamment à la banque présentatrice de vérifier l'accord de l'autre bénéficiaire, sauf circonstances particulières permettant de le tenir pour acquis.
08J'ai accepté un faux chèque de banque : ma banque est-elle responsable ?
Pas automatiquement. Il faut notamment distinguer la simple présentation d'une copie avant la vente de la remise du chèque à l'encaissement, puis examiner les anomalies du document et les réponses exactes de la banque. L'apparition provisoire du montant sur le compte n'est pas une garantie définitive de paiement.
09Combien de temps une opposition sur chèque reste-t-elle valable ?
La Banque de France indique qu'une opposition enregistrée n'est pas limitée dans le temps et n'a pas à être renouvelée périodiquement. Elle précise que les établissements ne doivent pas facturer périodiquement son renouvellement.
10Mon entreprise peut-elle être remboursée si un salarié a imité ma signature ?
Un recours est possible, mais les pouvoirs de signature, les contrôles internes et le comportement de la banque doivent être examinés. Si une faute de l'entreprise ou de l'un de ses préposés a rendu le faux possible, la banque n'est tenue que si elle a elle-même été négligente, pour sa part de responsabilité. Lorsqu'une faute bancaire est retenue, une exonération totale suppose que la faute du client soit caractérisée comme la cause exclusive du dommage.
Pour aller plus loin
- 01Banque de France, communiqué de presse du 7 septembre 2026 : rapport 2025 de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiementbanque-france.fr
- 02Cour de cassation, chambre commerciale, 9 juillet 1996, n° 94-17.119 : faux ordre de paiement revêtu dès l'origine d'une fausse signaturecourdecassation.fr
- 03Code civil, article 1937 : obligation de restitution du dépositairelegifrance.gouv.fr
- 04Cour de cassation, chambre commerciale, 18 juin 2013, n° 12-15.612 : chèques volés signés par l'auteur du vol, faux dès l'originecourdecassation.fr
- 05Code monétaire et financier, article L. 131-38 : présomption de libération de celui qui paie un chèque sans oppositionlegifrance.gouv.fr
- 06Cour de cassation, chambre commerciale, 28 janvier 2014, n° 12-27.901 : faute du titulaire du compte et cause exclusive du dommagecourdecassation.fr
- 07Cour de cassation, chambre commerciale, 7 juillet 2009, n° 08-18.251 : obligation de relever les anomalies apparentes d'un chèquecourdecassation.fr
- 08Cour de cassation, chambre commerciale, 9 novembre 2022, n° 20-20.031 : preuve de l'anomalie apparente lorsque l'original du chèque n'est pas représentécourdecassation.fr
- 09Cour de cassation, chambre commerciale, 27 novembre 2019, n° 18-11.439 : chèque à l'ordre de deux bénéficiaires et obligation de la banque présentatricecourdecassation.fr
- 10Cour de cassation, chambre commerciale, 10 juin 2026, n° 24-19.348 : anomalies apparentes aisément décelables et devoir de non-ingérencecourdecassation.fr
- 11Code monétaire et financier, article L. 133-1 : champ d'application des règles relatives aux opérations de paiementlegifrance.gouv.fr
- 12Code monétaire et financier, article L. 314-1 : définition des services de paiementlegifrance.gouv.fr
- 13Service Public — Vol d'un chèque ou d'un chéquierservice-public.gouv.fr
- 14Cour de cassation, chambre commerciale, 13 novembre 2012, n° 11-25.596 : relevés de compte non contestés et présomption d'accordcourdecassation.fr
- 15Code civil, article 2224 : prescription quinquennalelegifrance.gouv.fr
- 16Code de commerce, article L. 110-4 : prescription des obligations entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçantslegifrance.gouv.fr
- 17Code monétaire et financier, article L. 131-35 : motifs d'opposition, confirmation écrite et mainlevéelegifrance.gouv.fr
- 18Banque de France — Le chèque : opposition, fichier national des chèques irréguliers et fraude à l'encaissementbanque-france.fr
- 19Code monétaire et financier, article L. 163-3 : contrefaçon et falsification de chèquelegifrance.gouv.fr
- 20Service Public — Médiateur bancaire : comment y recourir ?service-public.gouv.fr
- 21Service Public — Accord amiable pour éviter un procès civilservice-public.gouv.fr
- 22Service Public Entreprendre — Litige commercial : déroulement d'une affaire devant le tribunal de commerceentreprendre.service-public.gouv.fr
- 23Code monétaire et financier, article L. 163-2 : défense de payer faite dans l'intention de porter atteinte aux droits d'autruilegifrance.gouv.fr
- 24Cour de cassation, chambre commerciale, 5 mars 2025, n° 23-16.944 : détection des anomalies apparentes lors de la remise à l'encaissementcourdecassation.fr
