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Que faire en cas de poursuite par votre banque

8 min de lecture

Poursuivi par votre banque : identifier l’acte reçu, vérifier les délais et la créance, et organiser sa défense pour réagir efficacement.

Lenny AmbigaipalanLenny AmbigaipalanAvocat associé
Que faire en cas de poursuite par votre banque

Que faire si la banque me poursuit ?

Vous êtes poursuivi par votre banque parce qu’un prêt n’a pas été remboursé, qu’un compte est resté débiteur, qu’une caution est appelée en paiement ou qu’un découvert s’est transformé en contentieux. La difficulté n’est alors pas seulement de savoir si vous devez quelque chose à l’établissement bancaire, mais de comprendre ce que la banque vous reproche exactement, sur quel fondement elle agit et dans quel délai vous pouvez encore répondre utilement.

Une poursuite bancaire peut commencer par une simple lettre de relance, mais elle peut aussi prendre la forme d’un acte délivré par commissaire de justice, d’une assignation devant le tribunal, d’une ordonnance d’injonction de payer ou d’une saisie sur compte bancaire. Ces situations ne se traitent pas de la même manière : certaines appellent une réponse amiable documentée, d’autres imposent une défense procédurale immédiate.

C’est souvent à ce stade que les dossiers se gagnent ou se perdent : non pas sur une impression d’injustice, mais sur la preuve du montant réclamé, la validité de l’acte, le respect des délais, la prescription de la créance ou l’existence d’un titre exécutoire permettant à la banque de passer au recouvrement forcé.

Réagir immédiatement lorsque la banque engage une procédure

Lorsque vous recevez un courrier ou un acte lié à une dette bancaire, le premier réflexe doit être de ne pas répondre sur le fond avant d’avoir identifié la nature exacte du document. Une mise en demeure, une assignation, une injonction de payer ou une saisie-attribution ne produisent pas les mêmes effets et ne déclenchent pas les mêmes délais.

Si l’acte reçu est une assignation devant le tribunal judiciaire dans une procédure avec représentation obligatoire, le défendeur doit en principe constituer avocat dans un délai de quinze jours à compter de l’assignation. Ce délai ne doit toutefois pas être confondu avec le délai d’opposition à une injonction de payer, qui obéit à un régime distinct.

Si vous recevez une ordonnance d’injonction de payer, la contestation prend la forme d’une opposition. Le délai est en principe d’un mois à compter de la signification de l’ordonnance, avec des règles particulières lorsque l’acte n’a pas été remis à personne. Dans ce type de dossier, attendre la première saisie pour réagir revient souvent à laisser la banque prendre une avance procédurale importante.

Identifier l’acte reçu avant de négocier avec la banque

Avant toute proposition d’échéancier, il faut distinguer trois situations.

La première est la phase amiable : la banque vous adresse une relance, une mise en demeure ou une dénonciation de découvert. À ce stade, elle peut réclamer le paiement, majorer le dossier de frais prévus au contrat ou transmettre le dossier à son service contentieux, mais elle ne peut pas encore pratiquer une saisie forcée sans titre exécutoire.

La deuxième est la phase judiciaire : la banque saisit le juge pour obtenir une décision contre vous. Elle peut le faire par assignation, notamment lorsque le litige doit être débattu contradictoirement, ou par requête en injonction de payer lorsque la créance paraît suffisamment déterminée. Dans les deux cas, il faut vérifier le contrat, les sommes demandées, les intérêts, les frais, les éventuels incidents de paiement et les délais de prescription.

La troisième est la phase d’exécution forcée : la banque dispose déjà d’un titre exécutoire et tente de saisir vos comptes, vos rémunérations ou certains biens. Dans ce cas, la stratégie change : il ne s’agit plus seulement de discuter la dette avec le service client, mais de saisir le bon juge, dans le bon délai, avec les bons moyens de contestation.

Vérifier la régularité de l’assignation ou de l’injonction de payer

Une banque qui poursuit un client doit respecter les règles de procédure civile. L’assignation doit notamment indiquer la juridiction saisie, l’objet de la demande, les prétentions, les moyens en fait et en droit, les pièces invoquées et, lorsque l’avocat est obligatoire, les mentions relatives à la constitution d’avocat.

Vérifier la régularité de l’assignation ou de l’injonction de payer

Une irrégularité ne suffit pas toujours à faire tomber toute la procédure, mais elle peut devenir un moyen de défense sérieux si elle a causé un grief ou si une formalité substantielle n’a pas été respectée. Il faut donc examiner l’acte lui-même, la date de signification, le mode de remise, les mentions obligatoires, les pièces annexées et le fondement juridique de la demande.

Dans les dossiers bancaires, la banque produit généralement le contrat, les conditions générales, le tableau d’amortissement, l’historique du compte, les lettres de mise en demeure, le décompte de créance et, le cas échéant, les actes de cautionnement. La défense consiste à reprendre ces pièces une par une pour vérifier si le montant réclamé correspond réellement à une créance certaine, liquide et exigible.

Contester le montant réclamé par la banque

Une poursuite bancaire ne signifie pas nécessairement que la totalité de la somme demandée est juridiquement due. Le montant peut intégrer des intérêts mal calculés, des frais contestables, des commissions d’intervention plafonnées, des pénalités excessives ou des sommes prescrites.

Il faut notamment vérifier le capital réellement restant dû, les échéances impayées, le taux d’intérêt appliqué, les intérêts de retard, les frais de rejet ou d’incident, les commissions d’intervention, les frais de procédure, les paiements déjà effectués et les éventuelles garanties déjà actionnées.

En matière bancaire, la prescription doit également être vérifiée avec précision. Certaines actions engagées contre un consommateur relèvent d’un délai biennal, tandis que d’autres situations, notamment professionnelles ou commerciales, peuvent obéir à un autre délai. Il serait donc dangereux d’affirmer que toute dette bancaire se prescrit automatiquement par deux ans : le délai dépend de la nature du contrat, de la qualité des parties, du fondement invoqué et du point de départ retenu.

Demander des délais de paiement au juge

Lorsque la dette existe mais que son paiement immédiat mettrait le débiteur dans une situation impossible, il peut être pertinent de solliciter des délais de grâce. Le juge peut, en fonction de la situation du débiteur et des besoins du créancier, reporter ou échelonner le paiement des sommes dues dans la limite de deux années.

Cette demande ne se prépare pas avec une simple déclaration d’intention. Elle suppose de produire des pièces : revenus, charges, loyer, crédits en cours, situation familiale, justificatifs médicaux ou professionnels si nécessaire, propositions de règlement, preuves de bonne foi et éventuelles démarches amiables déjà engagées.

L’objectif n’est pas de nier la dette lorsqu’elle est établie, mais d’obtenir un cadre de paiement compatible avec votre situation réelle, tout en évitant une exécution forcée plus brutale.

Réagir en cas de saisie sur compte bancaire

Si la banque dispose d’un titre exécutoire, elle peut faire pratiquer une saisie-attribution sur un compte bancaire. Cette mesure bloque les sommes disponibles entre les mains de la banque, dans les limites prévues par la loi, et peut provoquer une paralysie financière immédiate.

Réagir en cas de saisie sur compte bancaire

Dans ce cas, la contestation doit être portée devant le juge de l’exécution dans le délai applicable, généralement un mois à compter de la dénonciation de la saisie au débiteur. La contestation peut porter sur l’absence de titre exécutoire, l’irrégularité de l’acte, le montant de la créance, la prescription, les intérêts, les frais ou encore la prise en compte de sommes insaisissables.

Le solde bancaire insaisissable doit également être vérifié. Il correspond au montant forfaitaire du RSA pour une personne seule, soit 651,69 € depuis le 1er avril 2026, dans la limite du solde créditeur du compte au jour de la saisie. Cette protection ne signifie pas que tout le compte est protégé, mais qu’une somme minimale doit rester disponible pour les dépenses essentielles.

Protéger les prestations et revenus insaisissables

Certaines sommes bénéficient d’une protection particulière, notamment certaines prestations sociales ou fractions de revenus. Encore faut-il pouvoir en démontrer l’origine.

En pratique, il faut réunir rapidement les justificatifs de versement : attestations CAF, relevés bancaires, justificatifs de pension, notification d’allocation, bulletin de salaire ou tout document permettant d’identifier la nature exacte des sommes saisies. Sans pièces, la banque ou le juge ne peut pas toujours distinguer une somme saisissable d’une somme protégée.

La difficulté est donc probatoire : il ne suffit pas d’affirmer que le compte contenait des prestations sociales, il faut le démontrer par des documents datés et cohérents.

Tenter une résolution amiable sans fragiliser sa défense

La négociation avec la banque peut être utile, mais elle doit être menée avec prudence. Une proposition d’échéancier peut permettre d’éviter une procédure ou de suspendre temporairement une escalade contentieuse, mais elle ne doit pas conduire à reconnaître sans réserve une dette dont le montant, la prescription ou les accessoires restent contestables.

Tenter une résolution amiable face à la banque

Avant d’écrire à la banque, il convient de vérifier si la dette est précisément justifiée, si les frais sont conformes aux plafonds applicables, si la créance n’est pas prescrite, si les garanties ont été régulièrement mises en œuvre, si la banque a respecté ses obligations contractuelles et procédurales et si une reconnaissance de dette implicite pourrait être opposée ensuite.

La réclamation écrite auprès du service client ou du service réclamations peut être nécessaire avant de saisir le médiateur de la consommation. Elle doit être précise, documentée et formulée de manière à préserver vos arguments en cas de contentieux judiciaire ultérieur.

Saisir le médiateur bancaire

Lorsque la réclamation interne n’aboutit pas, le médiateur de la consommation peut être saisi, sous réserve que le litige relève de son champ de compétence et qu’une démarche préalable ait bien été effectuée auprès de l’établissement bancaire.

Cette procédure est gratuite pour le consommateur. Elle peut permettre de rouvrir une discussion, de contester certains frais, d’obtenir une explication sur le décompte ou de favoriser un accord. Elle ne doit toutefois pas être présentée comme une garantie de suspension automatique de toutes les poursuites.

La médiation peut avoir un effet sur la prescription dans les conditions prévues par le Code civil, mais il faut rester prudent : tous les délais ne se traitent pas de la même façon, et les délais de forclusion ou de recours procédural peuvent obéir à un régime plus strict. En cas d’assignation, d’injonction de payer ou de saisie, la médiation ne remplace donc pas l’analyse immédiate des délais judiciaires.

Envisager un dossier de surendettement lorsque la situation l’impose

Si votre difficulté ne concerne pas seulement une dette bancaire isolée, mais un endettement global devenu impossible à absorber, le dépôt d’un dossier de surendettement peut constituer une protection importante.

Le surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi qui se trouvent dans l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de leurs dettes exigibles ou à échoir, professionnelles et non professionnelles, dans les conditions prévues par le Code de la consommation. La commission examine alors la situation financière globale, les ressources, les charges, les dettes, le patrimoine et la bonne foi du débiteur.

Lorsque le dossier est déclaré recevable, cette recevabilité entraîne en principe la suspension et l’interdiction des procédures d’exécution portant sur les biens du débiteur, sauf exceptions, notamment pour certaines dettes alimentaires. Cette protection peut permettre de stopper une dynamique de saisies et de construire un plan de traitement plus cohérent.

Il ne faut cependant pas déposer un dossier de surendettement uniquement comme une manœuvre dilatoire. Le dossier doit être complet, sincère et cohérent, car une dissimulation d’actif, une dette volontairement aggravée ou une mauvaise foi caractérisée peut compromettre la recevabilité.

Pourquoi faire analyser la poursuite bancaire par un avocat ?

Face à une banque, le déséquilibre ne vient pas seulement du montant réclamé. Il vient surtout du fait que l’établissement bancaire dispose souvent d’un dossier déjà structuré : contrat, décompte, historique, service contentieux, commissaire de justice et stratégie de recouvrement.

La défense suppose donc de reprendre le dossier avec méthode : identifier l’acte reçu, calculer les délais, vérifier la prescription, contrôler les frais, analyser le titre, contester les sommes non justifiées et décider s’il faut négocier, former opposition, saisir le juge de l’exécution, demander des délais ou déposer un dossier de surendettement.

Si vous êtes poursuivi par votre banque, l’urgence n’est pas seulement de répondre vite, mais de répondre correctement. Une contestation mal formulée, une reconnaissance de dette imprudente ou un délai laissé passer peut avoir des conséquences plus lourdes que la demande initiale elle-même.

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