Comment contester une saisie-attribution sur son compte bancaire ?
Compte bloqué après une saisie-attribution ? Attribution immédiate, délai de 15 jours ouvrables, solde bancaire insaisissable, sommes protégées et contestation devant le juge de l'exécution.
Lenny AmbigaipalanAvocat associéVous consultez votre compte bancaire et découvrez que vos paiements sont refusés, que vos virements ne peuvent plus être exécutés ou qu'une somme importante apparaît comme indisponible. Quelques jours plus tard, un commissaire de justice vous remet un acte de dénonciation indiquant qu'un créancier a pratiqué une saisie-attribution sur votre compte bancaire.
La difficulté n'est pas seulement de savoir si une dette existe. Il faut déterminer si le créancier dispose d'un titre exécutoire régulier, si le montant réclamé correspond réellement à ce titre, quelles sommes peuvent être saisies et, surtout, si la procédure peut encore être contestée dans le délai imposé par le Code des procédures civiles d'exécution.
La saisie-attribution obéit en effet à une chronologie précise. L'acte est d'abord signifié à la banque, qui devient le tiers saisi, puis il doit vous être dénoncé dans les huit jours. Le compte est rendu indisponible pendant la période de régularisation bancaire, mais certaines ressources doivent être laissées à votre disposition. Enfin, le paiement au créancier dépend de l'absence de contestation, de votre éventuelle autorisation écrite ou de la décision rendue par le juge de l'exécution.
Saisie-attribution sur compte bancaire : conditions et effets
La saisie-attribution est une mesure d'exécution forcée. Elle ne peut donc pas être utilisée sur la seule présentation d'une facture, d'une mise en demeure ou d'un décompte établi unilatéralement par le créancier. Celui-ci doit, en principe, être muni d'un titre exécutoire constatant une créance liquide et exigible.
Le créancier doit disposer d'un titre exécutoire
Le titre exécutoire peut notamment être une décision de justice revêtue de la formule exécutoire, un acte notarié exécutoire ou un autre titre auquel la loi reconnaît la même force. La créance doit également être déterminée ou déterminable dans son montant et arrivée à échéance.
En pratique, le premier contrôle consiste à comparer quatre documents : le titre exécutoire, son acte de signification, le décompte actualisé de la créance et le procès-verbal de saisie. Cette comparaison permet de vérifier si les paiements déjà effectués ont été déduits, si les intérêts appliqués correspondent au titre et si les frais réclamés sont justifiés.
Une contestation de saisie-attribution ne constitue toutefois pas un nouvel appel contre la décision ayant condamné le débiteur. Le juge de l'exécution peut contrôler les difficultés liées au titre et à l'exécution forcée, mais il ne peut pas réécrire le dispositif de la décision servant de fondement aux poursuites.
L'attribution immédiate ne signifie pas un paiement immédiat
L'acte de saisie produit un effet particulièrement puissant : dans la limite du montant poursuivi et des sommes disponibles, il attribue immédiatement au créancier la créance que vous détenez contre votre banque. Cette attribution juridique intervient au jour de la saisie et protège notamment le créancier contre certaines mesures concurrentes postérieures.
Il ne faut cependant pas confondre cette attribution avec le versement effectif de l'argent. En l'absence d'autorisation écrite du débiteur, la banque ne paie normalement le créancier qu'après présentation d'un certificat attestant qu'aucune contestation n'a été formée dans le délai d'un mois. Lorsqu'une contestation recevable est engagée, le paiement est différé jusqu'à la décision du juge de l'exécution.

Le fait de ne pas avoir été averti de la date exacte de la saisie ne suffit donc pas à l'annuler. La mesure est signifiée en premier lieu à la banque, puis dénoncée au débiteur. En revanche, le titre exécutoire, les actes accomplis et les mentions obligatoires doivent être examinés avec précision.
Pourquoi le compte est-il bloqué pendant quinze jours ouvrables ?
À compter de la saisie, les sommes laissées sur le compte sont indisponibles pendant quinze jours ouvrables. Ce délai permet à la banque de déterminer le solde réellement saisissable en tenant compte de certaines opérations dont la date est antérieure à la saisie, mais qui n'avaient pas encore été définitivement comptabilisées.
Peuvent notamment être prises en compte, dans les conditions prévues par la loi, des remises de chèques antérieures non encore créditées, des chèques revenus impayés, des retraits effectués avant la saisie ou certains paiements par carte antérieurs. L'objectif n'est pas de saisir les flux intervenus après l'acte, mais de reconstituer le solde qui existait réellement à la date de la mesure.
Pendant cette période, le compte peut être inutilisable pour de nouvelles opérations. Ce blocage de quinze jours doit toutefois être distingué du délai d'un mois ouvert pour contester la saisie et du moment auquel le créancier sera effectivement payé.
Une mainlevée amiable peut parfois être négociée avec le créancier, notamment en contrepartie d'un règlement ou d'un échéancier. Une telle solution suppose cependant un accord formalisé : la simple ouverture de discussions avec la banque, le commissaire de justice ou le créancier ne suspend pas les délais procéduraux.
Solde bancaire insaisissable et revenus protégés
La saisie-attribution ne permet pas toujours au créancier d'appréhender l'intégralité du solde créditeur. La loi protège, d'une part, une somme minimale à caractère alimentaire et, d'autre part, certaines créances insaisissables ou partiellement saisissables en raison de leur origine.
Le solde bancaire insaisissable est appliqué automatiquement
Lorsqu'une saisie porte sur les comptes d'une personne physique, la banque doit laisser à sa disposition une somme correspondant au montant forfaitaire du RSA applicable à une personne seule. Depuis le 1er avril 2026, ce solde bancaire insaisissable, ou SBI, s'élève à 651,69 euros.
Cette somme est laissée à disposition dans la limite du solde créditeur existant au jour de la saisie. Ainsi, si le compte ne contient que 300 euros, ces 300 euros sont laissés au titulaire : la banque n'a pas à compléter le solde jusqu'à 651,69 euros. Si plusieurs comptes sont détenus dans le même établissement, le SBI ne constitue pas une protection distincte pour chacun d'eux.

La mise à disposition du SBI est automatique. En revanche, il est utile de vérifier sur l'acte de dénonciation le montant effectivement préservé et le compte sur lequel cette somme a été laissée, ces informations devant figurer dans l'acte.
Sommes concernées | Étendue de la protection | Démarche à effectuer |
|---|---|---|
Solde bancaire insaisissable | 651,69 euros depuis le 1er avril 2026, dans la limite du solde créditeur | Application automatique par la banque |
Prestations totalement insaisissables | Protection dépendant de la nature exacte de la prestation et de la dette poursuivie | Produire les attestations et relevés identifiant les versements |
Salaires, pensions ou revenus partiellement saisissables | Seule la fraction saisissable peut être appréhendée | Produire les bulletins, décomptes et preuves de virement |
Compte présentant un solde inférieur au SBI | Le solde existant est laissé à disposition | Vérifier qu'aucun prélèvement n'a été opéré |
Les prestations sociales et les salaires ne suivent pas tous le même régime
Il est juridiquement inexact d'affirmer que toutes les prestations sociales, pensions ou rémunérations sont intégralement insaisissables. Certaines ressources bénéficient d'une protection totale, tandis que d'autres ne sont protégées qu'en partie. Les prestations familiales peuvent elles-mêmes être saisies dans certains cas limitativement prévus et pour certaines catégories de dettes.
Lorsqu'une somme protégée a été versée sur le compte, son origine doit pouvoir être identifiée. Le titulaire doit donc transmettre rapidement à la banque les justificatifs utiles : relevés bancaires, attestations de la CAF ou d'un organisme social, bulletins de salaire, décomptes de pension, notifications de droits ou avis de paiement.
Pour les sommes insaisissables provenant de créances versées périodiquement, telles que certaines rémunérations, pensions, allocations ou indemnités de chômage, une mise à disposition peut être demandée sur justification de leur origine, après prise en compte des opérations débitées depuis le dernier versement. En pratique, les justificatifs doivent être communiqués pendant le délai de régularisation de quinze jours ouvrables.
Le SBI et les sommes insaisissables ne se cumulent pas nécessairement euro pour euro. La banque doit déterminer le montant protégé en fonction du solde du compte, de l'origine des fonds et des règles applicables à chaque ressource.
Cette vérification est particulièrement importante lorsque le compte présente déjà un solde débiteur, lorsque plusieurs prestations ont été mélangées à d'autres revenus ou lorsque la saisie intervient peu après le versement d'un salaire.
Comment contester une saisie-attribution devant le JEX ?
Une saisie-attribution ne se conteste pas par un simple courrier adressé à la banque ou au commissaire de justice. La contestation doit être formée par assignation devant le juge de l'exécution et respecter plusieurs formalités cumulatives, dont l'omission peut entraîner l'irrecevabilité ou la caducité de la demande.
La saisie doit être dénoncée dans les huit jours
Après avoir signifié la saisie à la banque, le commissaire de justice doit la dénoncer au débiteur dans un délai de huit jours. Le non-respect de ce délai est sanctionné par la caducité de la saisie.
L'acte de dénonciation doit notamment contenir une copie du procès-verbal de saisie, la désignation de la juridiction compétente, le délai de contestation, sa date d'expiration ainsi que les formalités à accomplir. Depuis le 1er avril 2026, le texte exige expressément que l'acte indique que la contestation doit être soulevée par assignation et précise les modalités de dénonciation de cette assignation au commissaire de justice.
En cas de saisie d'un compte bancaire, l'acte doit également mentionner le montant laissé à disposition au titre du solde bancaire insaisissable et le ou les comptes sur lesquels cette mise à disposition a été effectuée.
Le délai d'un mois impose plusieurs formalités
Vous disposez d'un délai d'un mois à compter de la dénonciation de la saisie pour faire délivrer une assignation devant le juge de l'exécution désigné dans l'acte. Ce délai ne court donc pas à compter du jour où vous avez constaté le blocage du compte, mais à compter de la signification officielle de l'acte de dénonciation.
La procédure impose ensuite de respecter les étapes suivantes :
Faire délivrer une assignation au créancier devant le juge de l'exécution dans le délai d'un mois.
Dénoncer la contestation au commissaire de justice ayant pratiqué la saisie, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, le jour même ou au plus tard le premier jour ouvrable suivant.
Informer la banque de la contestation par lettre simple.
Remettre une copie de l'assignation au greffe du juge de l'exécution au plus tard le jour de l'audience.
La dénonciation tardive de la contestation au commissaire de justice est susceptible d'entraîner son irrecevabilité. L'absence de remise de la copie de l'assignation au greffe dans le délai prévu peut, quant à elle, entraîner la caducité de l'assignation.
Lorsque le montant de la créance excède 10 000 euros, la représentation par avocat est en principe obligatoire devant le juge de l'exécution. En dessous de ce montant, elle n'est pas systématiquement imposée, mais la technicité des délais et des formalités demeure identique.

Une contestation régulièrement formée diffère le paiement au créancier jusqu'à ce que le juge statue. Elle ne doit cependant pas être présentée comme une garantie de déblocage immédiat du compte ou d'annulation de la saisie.
Quels motifs peuvent justifier une mainlevée ou un cantonnement ?
La difficulté n'est pas seulement d'affirmer que la saisie est injustifiée, mais de rattacher la contestation à un moyen juridique précis et de produire les pièces permettant de le démontrer.
Selon les circonstances, les moyens peuvent notamment porter sur :
l'absence de titre exécutoire régulier ;
une créance qui n'est pas liquide ou qui n'est pas encore exigible ;
la caducité résultant d'une dénonciation effectuée plus de huit jours après la saisie ;
l'absence d'une mention obligatoire dans le procès-verbal ou l'acte de dénonciation ;
une erreur dans le calcul du principal, des intérêts ou des frais ;
des règlements antérieurs qui n'ont pas été déduits ;
la prescription applicable au titre ou à son exécution ;
la saisie de sommes totalement ou partiellement insaisissables ;
un montant bloqué supérieur aux sommes réellement dues, pouvant justifier un cantonnement ;
le caractère inutile ou abusif de la mesure au regard des circonstances du dossier.
Le résultat demandé doit être adapté au moyen invoqué. Une irrégularité affectant l'ensemble de la mesure peut conduire à une mainlevée totale, tandis qu'une erreur de calcul ou la présence de sommes protégées peut seulement justifier une mainlevée partielle ou un cantonnement.
La demande de délais de paiement doit être maniée avec prudence. Le juge de l'exécution dispose d'une compétence générale pour examiner une demande de délai de grâce après la signification d'un acte de saisie, mais l'attribution juridique immédiate propre à la saisie-attribution limite fortement l'effet d'une telle demande sur les sommes déjà saisies. Un échéancier ne constitue donc pas, à lui seul, un fondement automatique de mainlevée.
Lorsque le débiteur recherche surtout un déblocage rapide, une négociation documentée avec le créancier peut parfois être plus adaptée qu'une contestation limitée à une demande de délais. Cette démarche ne dispense cependant jamais de préserver parallèlement le délai d'un mois lorsqu'un moyen de contestation existe.
Avant toute réponse à des poursuites bancaires, il convient de réunir le titre exécutoire, l'acte de signification du titre, le procès-verbal de saisie, l'acte de dénonciation, les relevés bancaires, les justificatifs des sommes protégées ainsi que les preuves des paiements déjà réalisés.
Saisie conservatoire, SATD et saisie des rémunérations : les différences
La qualification de la mesure est déterminante, car une saisie-attribution, une saisie conservatoire et une saisie administrative à tiers détenteur ne se contestent ni selon les mêmes textes ni devant les mêmes autorités.
La saisie conservatoire ne produit pas immédiatement un effet attributif
Une saisie conservatoire peut être utilisée lorsqu'une créance paraît fondée dans son principe et que certaines circonstances menacent son recouvrement. Selon la situation, elle nécessite une autorisation judiciaire préalable ou peut être pratiquée sur le fondement d'un titre ou d'une situation dispensant le créancier de cette autorisation.
Contrairement à la saisie-attribution, elle rend les sommes indisponibles sans les attribuer immédiatement au créancier. Celui-ci devra ensuite obtenir ou utiliser un titre exécutoire et accomplir les formalités de conversion prévues par la loi pour être payé.
La SATD relève du recouvrement public
La saisie administrative à tiers détenteur, ou SATD, est utilisée par l'administration pour recouvrer certaines créances publiques, notamment fiscales. Elle peut être adressée directement à la banque sans décision judiciaire préalable, mais elle obéit aux règles du recouvrement public et à des voies de contestation spécifiques.
Une contestation destinée au juge de l'exécution dans le cadre d'une saisie-attribution ne peut donc pas être transposée automatiquement à une SATD. Il faut d'abord identifier la nature de la dette, l'administration à l'origine de la mesure et le motif exact de la contestation.
La saisie des rémunérations vise directement l'employeur
La saisie des rémunérations porte sur la fraction saisissable du salaire et implique l'employeur en qualité de tiers saisi. Celui-ci retient périodiquement une partie de la rémunération selon un barème légal, tandis qu'une fraction minimale demeure protégée.
Depuis le 1er juillet 2025, cette procédure est principalement mise en œuvre par les commissaires de justice, sous le contrôle du juge de l'exécution en cas de contestation. Elle ne doit pas être confondue avec la protection applicable à la fraction d'un salaire déjà versée sur un compte bancaire.

La saisie sur rémunérations constitue ainsi une procédure distincte de recouvrement de créances, dont l'exécution se poursuit généralement par retenues successives, alors que la saisie-attribution porte sur les sommes disponibles entre les mains de la banque au jour de l'acte.
Que vérifier après le blocage de votre compte bancaire ?
Face à une saisie-attribution, les premières vérifications doivent porter sur la date de la saisie, la date de sa dénonciation, l'identité du créancier, le titre exécutoire invoqué, le montant détaillé de la dette et la nature des sommes présentes sur le compte.
C'est souvent à ce stade que les dossiers se gagnent ou se perdent : non pas sur une contestation générale de la dette, mais sur la preuve d'un paiement, le calcul des intérêts, la protection d'un revenu, la validité du titre ou le respect d'une formalité sanctionnée par l'irrecevabilité, la nullité ou la caducité.
Maître Lenny Ambigaipalan, avocat au Barreau de Paris, intervient en contentieux bancaire et en procédures civiles d'exécution pour examiner la régularité d'une saisie-attribution, préparer une contestation devant le juge de l'exécution ou négocier, lorsque le dossier s'y prête, les conditions d'une mainlevée amiable. L'analyse doit être conduite à partir des actes et justificatifs du dossier, sans attendre l'expiration du délai d'un mois.
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
- 01Code des procédures civiles d'exécution – Saisie-attribution, articles L211-1 à L211-5legifrance.gouv.fr
- 02Code des procédures civiles d'exécution – Saisie-attribution, articles R211-1 à R211-23legifrance.gouv.fr
- 03Code des procédures civiles d'exécution – Dispositions relatives aux comptes bancaires, articles L162-1 et L162-2legifrance.gouv.fr
- 04Saisie sur compte bancaire – Service-public.frservice-public.fr


